Denis Laujol et la compagnie Ad Hominemsont les premiers résidents du Théâtre de Poche

Le metteur en scène Denis Laujol est un type qui connaît le secret de la pierre philosophale, celle qui transforme le vleck en métal précieux.
 
Denis, tu lui présentes un albanais qui t’a raconté son histoire drôle et touchante au fond d’un bar, et il en crée Fritland. Tu lui fais rencontrer un gynécologue palestinien qui t’a arraché des larmes, et ça devient Je ne haïrai pas. Tu le nourris de ta rencontre avec une cascadeuse issue de l’école du cirque de Pékin, il en fera Kung Fu (qui sera créé en mars 2023 au Poche et j’ai hâte de voir cela).
 
Denis est le formidable passeur des émotions sincères que j’ai moi-même ressenties lors de ces rencontres.
 
Puis quand tu lui files des romans que tu as aimés, il les lit et va au challenge (parfois il me renvoie mes livres en disant que c’est bien mais que c’est impossible à monter, et je râle) : comment adapte-t-on Le Champ de Bataille de Jérôme Colin ? Le Laujol cherche et il trouve. Parfois c’est lui qui agite le roman, s’éprend d’un prix Goncourt, me transmet son enthousiasme et ça donne le magnifique Pas Pleurer de Lydie Salvayre.
 
Denis Laujol, je le vis comme un aventurier d’avant les destinations chartérisées. Un homme qui sait prendre le temps, jouissant de chaque rencontre et la buvant jusqu’à la lie, en lui donnant le temps qu’il faut. A la direction artistique, j’ai parfois quelques intuitions. Et je lui en remplis sa besace. Qu’il s’en empare ou pas.
 
Fort de ces années passées ensemble, et désireux de soutenir les recherches de Denis Laujol, de sa compagnie Ad Hominem et de son vieux complice Julien Jaillot, notamment pour ce qui concerne le théâtre de témoignage, nous lui avons proposé une résidence de trois ans destinée à poursuivre son travail : écouter, lire, rencontrer et essayer les choses qu’il souhaite sur le plateau, avec un peu de sous pour ce faire. Confortablement et en autonomie. Denis Laujol a accepté notre proposition.